- Séminaire d’Alexander Schnell sur Le système de l’idéalisme transcendantal de Schelling

Première séance du 24 février 2007 : Lecture commentée de l’Introduction du System, par Alexander Schnell.
Je voudrais d’abord dire un mot sur l’esprit de ce séminaire. Comme annoncé, il s’agit de poser la base, tout simplement, d’une discussion entre Fichte et Schelling – et ce, en mettant à plat les problèmes et en essayant d’éliminer ou d’ignorer des blocages ou des fixations, souvent assez peu philosophiques d’ailleurs, dus à une soi-disant appartenance à une « École » particulière (en l’occurrence : « fichtéenne » ou « schellingienne »). Récemment, j’ai eu l’occasion d’en parler au Père Tilliette qui a fortement approuvé ce projet. À ma question de savoir pourquoi les générations antérieures, pionnières, n’avaient pas déjà oeuvré en ce sens, il m’a répondu en plaisantant : « c’est la faute des fichtéens, c’est la faute de Philonenko ! Mais quand on réfléchit sur le fond, il faut bien admettre que c’est Fichte, et non pas Schelling, qui a eu raison. » On essaiera ici, si possible, de déconnecter les questions philosophiques des considérations relatives à la personne ou à la personnalité de tel ou tel philosophe. J’aimerais que notre question n’est pas de savoir « qui a raison ? », mais « comment répondre à telle ou telle question précise ? ». La guerre civile dans laquelle sont entrés depuis longtemps les historiens de la philosophie classique allemande a sûrement quelque chose de ridicule, de grotesque. Si l’idéalisme transcendantal est une position théorique forte, nous ferons mieux de bien la cerner, de bien la comprendre, et de collaborer afin d’en faire ressortir les points forts, la portée et éventuellement les limites – au lieu de nous livrer à des guerres des tranchées insensées.. Lire la suite…

Deuxième séance du 24 mars 2007. Lecture commentée du chapitre I : « Du principe de l’idéalisme transcendantal », par Maxime Chédin.
Le premier chapitre établit le principe de l’idéalisme transcendantal, qui constitue ce que Schelling appelle dans la Préface et au début du chapitre II la démonstration « générale » de l’idéalisme. Mais il n’en produit pas la preuve effective, « par le fait ». C’est en effet au chapitre III que débutera « l’histoire progressive de la conscience de soi » en ses trois époques, qui constitue la véritable « présentation de l’idéalisme dans toute son extension », encore manquante. C’est là une première limitation, pour ainsi dire extérieure, du contenu de ce chapitre : exposer le principe ce n’est pas accomplir le système, prouver de façon effective la vérité de l’idéalisme.
Sur ce point, Schelling s’accorde avec la doctrine de la science qui invite à distinguer soigneusement le principe, le moi absolu, du système lui-même. Le moi absolu est pour Fichte le point commun où vie et philosophie coïncident ; il n’est donc pas la philosophie, dont le domaine propre consiste en la déduction/description des actes idéels par lesquels le moi absolu devient individu4. Pourtant, de façon déroutante, Schelling accuse la doctrine de la science de n’avoir pas tenu compte de cette distinction. Comme incapable de dépasser réellement le résultat obtenu au terme du §1 de la Grundlage, qui montre que tout être est pour le moi et par le moi, elle se serait bornée à la démonstration « en général »5. Première limitation donc, et, semble-t-il, premier désaccord avec Fichte, dont on pourra se demander s’il dissimule autre chose qu’un malentendu historique. ? Lire la suite…

Transcription des échanges de la troisième séance du 28 avril 2007.
Alexander Schnell : « L’objectif de la première section a été de trouver le principe de l’idéalisme transcendantal. Il doit suffire pour penser l’unité du sujet et de l’objet. Cette unité est déterminée comme Moi, comme conscience de soi, qui est la seule instance dans laquelle sujet et objet coïncident. Cela met en doute la réalité extérieure : celle-ci ne peut donc consister que dans la manière dont le sujet devient objet. La formulation du principe de l’idéalisme transcendantal est, dès lors : la conscience de soi en tant que le sujet devient objectif. C’est une radicalisation de l’autoposition du Moi absolu dans le texte de la WL 1794. Toutefois, ce n’est pas une position mais le devenir objectif du sujet dans le savoir. Il n’est pas une substance existante, mais un faire ».
Maxime Chédin : « Est-ce l’essence de l’activité infinie qui implique qu’elle s’autolimite ? » Teresa Pedro : « L’activité infinie peut être pensée comme dissolution et n’inclut par la nécessité de se faire objet. On a plutôt affaire à un conditionnement réciproque ». Lire la suite…

Quatrième séance du 2 juin. 1ère déduction de la Troisième section (Déduction de la synthèse absolue contenue dans l’acte de la conscience de soi) + 2ème déduction de la Troisième section (Déduction des moyens termes de la synthèse)+ 1ère époque A (l’intuition de la limitation), par Max Marcuzzi.
Du chapitre II, Schelling retient pour commencer l’unicité absolue de l’acte de la conscience de soi, incluant toutes les déterminations u Moi et « tout ce qui est en général posé pour le Moi » (571). Il reprend et développe ainsi le dernier paragraphe du chapitre précédent, qui posait à la fois l’unité du Moi et la nécessité de séparer le traitement des aspects du Moi en vue de l’exposition du système. Par là est donnée une indication générale de méthode : si le Moi est un acte, alors cet acte va devoir être décomposé « en plusieurs actes particuliers ». Comme on a vu que le Moi est une synthèse, le multiple synthétisé va consister en ces actes particuliers. La méthode va donc consister à développer l’étude de cette synthèse afin de faire « pour ainsi dire naître successivement sous nos yeux ce qui est posé en même temps et tout d’un coup en elle ».
C’est cette décomposition puis réunion des actes particuliers que Schelling appelle ici déduction, parce qu’elle va montrer que l’acte ne peut consister qu’en cette synthèse. Puis Schelling pose une seconde tâche, qui sera de « trouver le contenu entier de cet acte », et qui consistera donc à exposer cet acte dans sa fragmentation artificielle qui permet seule de le comprendre dans son unité effective. Lire la suite…

Cinquième séance du 23 juin. Explication des sections B « Expliquer comment le Moi s’intuitionne lui-même en tant que sentant », et C « Théorie de l’intuition productive » de la première époque, par Charles Theret.
Les sections B et C qu’il faut expliquer aujourd’hui viennent à clore la première période de l’histoire de la conscience de soi. Cette période est le mouvement du Moi qui va « de la sensa-tion originaire à l’intuition productive ». Le ressort de cette histoire, le principe dynamique qui en elle la met toujours en mouvement sans jamais la fixer est « l’activité idéelle présupposée en tant qu’illimitable ». La tâche de la philosophie théorique est d’« expliquer l’idéalité de la limite », c’est-à-dire d’« expliquer comment l’activité idéelle, admise jusqu’ici en tant qu’illimitable, peut aussi devenir limitée » (p. 68). Bref, le point de vue du philosophe est celui qui parvient à exposer la genèse de ce devenir fini, limité ou de ce devenir-objet de l’activité subjective illimitable : il s’agit donc d’expliquer comment l’intuitionnant peut en arriver à s’intuitionner, à s’objectiver, à s’apparaître à même sa propre conscience de soi en tant qu’objet.
La tâche A/ a démontré que les deux activités en conflit sont toutes deux idéelles lors-qu’elles restent infinies et en mouvement, mais qu’elles deviennent réelles lorsqu’elles se fixent en un tiers, un produit commun fini, qui est un point d’équilibre précaire entre les deux activités. Tou-tefois, l’activité illimitable ne peut souffrir en aucun cas cette situation d’équilibre, de finité puis-qu’elle est par nature illimitable, tandis que l’activité réelle accepte d’être limitée, puisqu’elle est limitable même si dans le mouvement elle est elle aussi infinie, illimitée. C’est pourquoi le mouve-ment est freiné mais jamais arrêté, car l’activité idéelle est à la fois ce qui limite et donc freine le mouvement en s’intuitionnant dans l’activité réelle, mais aussi ce qui réactive toujours le mouve-ment, refluidifie ce qui a été freiné une fois, et dépasse ainsi chaque étape provisoire qu’incarne chaque produit. Lire la suite…