Plateforme Recherche - Europhilosophie

Publication du Colloque "Fichte et la politique"


- Les textes des interventions au Colloque international de Madrid "Fichte et la politique (colloquio internacional de madrid : "Fichte y la politica") sont publiés en ligne sur la Plateforme EuroPhilosophie au fur et à mesure de leur envoi par les intervenants.
- La rencontre était organisée par : la Universidad Nacional de Educación a Distancia de Madrid, l’Université de Toulouse Le Mirail, l’Internationale-Fichte-Gesellschaft, la Red Ibérica de Estudios Fichteanos, et le Groupe d’Etudes Fichtéennes de Langue Française
- Elle a eu lieu du 3 au 5 mai 2007 à l’Universidad Nacional de Educación a Distancia (Madrid) dans le cadre du programme "Subjectivité et aliénation. Métaphysique de la subjectivité et philosophie sociale" de l’Agence Nationale de la Recherche (France), et avec le soutien de la Fondation Wellington.
- Les Organisateurs étaient : Jean-Christophe Goddard, Marc Maesschalck, Max Marcuzzi, Jacinto Rivera de Rosales,
- Pour télécharger l’affiche-programme du colloque, CLIQUER ICI.
- Pour consulter le programme en ligne, CLIQUER ICI.
- Les textes téléchargeables ci-dessous sont publiés dans l’état dans lequel ils ont été communiqués lors du colloque. Une publication des actes est en préparation aux éditions POLIMETRICA.


« Fichte est-il réactionnaire ou révolutionnaire ? », par JEAN-CHRISTOPHE GODDARD. Il est remarquable que la philosophie de Fichte ait pu tout autant être tirée du côté de la réaction que du côté de la révolution. Il suffit de consulter la page d’accueil du site web du parti néo-nazi allemand pour comprendre à quel point Fichte peut passer pour une pièce maîtresse du patrimoine réactionnaire. On y voit une vignette représentant Fichte soustitrée d’une pseudo-citation de Fichte exaltant l’idée nationale. Inversement, on se rappellera comment, par exemple, l’éditeur lyonnais Louis-Pierre Babeuf entreprit de publier, en 1831, une traduction française de la deuxième section de la Doctrine de l’Etat sous le titre de « L’idée d’une guerre légitime » . Louis-Pierre Babeuf était le petit-fils de Gracchus Babeuf aux idées duquel il était, comme son père Emile, resté fidèle. Il était aussi l’ami de l’avocat républicain Jules Favre – qui fut député à la Constituante de 1848 –, dont il publia le plaidoyer en faveur des chefs d’ateliers responsables de la révolte des Canuts lyonnais en novembre 1831. L’étroite proximité de la pensée politique et économique de Fichte avec les thèses babouvistes a déjà été fortement soulignée par Xavier Léon dans Fichte et son temps . Lire la suite…

« La question de la temporalité de l’action chez Fichte », par EMMANUELLE PARE. L’objet de notre propos est d’interroger la nature de l’action chez Fichte comme rapport de la présentification d’un but et du développement d’un but. Ce qui est posé par l’action est-il le but ou le moyen pour accéder au but ? Dans La doctrine de l’état, Fichte nous dit que l’action comme instantanéité du but, que la violence de l’hic et nunc doit être « domptée ». Mais il nous dit dans le même temps que l’action est un combat de chaque instant pour conserver ou conquérir sa liberté. Qu’est-ce qu’un combat qui ne veut pas vaincre trop vite ? Un combat se maintient-il dans sa radicalité combative à différer sans cesse le moment de sa victoire ? Je cite Fichte dans l’introduction générale à La doctrine de l’Etat : « « - Tu dis certes que ce n’est pas pour le présent ; mais s’ils font la sourde oreille ou n’en tiennent pas compte ? » - Bien : alors c’est leur faute. Matez aussi ces perturbateurs avec les mêmes armes que vous employez pour en mater d’autres, avec toute l’approbation de la science, et je dirais même, sur son ordre. » et quelques pages plus loin il écrit : « Mobilisation de toutes les forces, combat à la vie et à la mort, pas de paix sans victoire complète, c’est-à-dire sans garantie totale contre toute atteinte à la liberté. Pas d’égards ni pour la vie, ni pour la propriété, nul calcul sur une paix future. » Victoire complète qui implique une absence de calcul ou de compromis. Radicalité d’une complétude qui renvoie comme à autant de compromissions la tentation de transiger avec la propriété ou la vie dès lors qu’elles semblent s’opposer à la marche conquérante de la liberté. Lire la suite…

« Nationalisme et cosmopolitisme », par JACINTO RIVERA DE ROSALES. Parmi les thèmes politiques et juridiques importants, au temps de Fichte aussi bien qu’à notre époque, il y a la configuration nationale et internationale du droit et de la politique, c’est à dire, l’insertion de l’homme rationnel dans une communauté concrète ou bien dans l’ensemble de toute l’humanité. Deux points de vue qui prétendent organiser ce thème sont justement le nationalisme et le cosmopolitisme. Le premier met l’accent sur le droit du groupe humain où nous sommes. L’autre fait attention d’une façon spéciale à l’universalité propre de l’être rationnel. Aujourd’hui, avec la globalisation et le danger écologique, avec l’Internet et les mass média, avec la migration et la croissante interdépendance entre les États, il devrait s’imposer peu à peu une vision cosmopolite, et pourtant le nationalisme pousse avec autant de force qu’auparavant. Eh bien, c’est au temps de Fichte que le principe cosmopolite aussi bien que le nationalisme ont pris l’importance politique qu’ils conservent jusqu’aujourd’hui, et c’est pour cela que jeter un coup d’oeil en arrière peut nous aider à comprendre notre présent.Lire la suite…

« Le statut de la Politique dans la Doctrine de l’État de 1813 », par MARCO IVALDO. Comme nous le savons, l’oeuvre d’Aristote intitulée Politique est un traité philosophique sur la cité (pòlis, ou koinonìa politikè), sur sa nature, sur les lois et les formes de gouvernement. La considération de la Politique en tant que forme du savoir a été traitée et développée dans la tradition scientifique moderne par des oeuvres ayant en général des titres différents de celui d’Aristote, comme “science de l’état”, ou même “philosophie du droit”. Ce changement de titre est le signe de la diversité des constellations historico-culturelles, mais aussi de glissements sémantiques dans la manière de comprendre le savoir de la politique, qu’ici nous ne pouvons pas prendre en compte. Or, en 1820 parut une œuvre posthume de Fichte, dont le titre exacte était : La doctrine de l’État (Staatslehre) ou du rapport de l’État originaire au Royaume de la raison. Même si ce titre-là n’est pas de Fichte, il me semble qu’il exprime bien le contenu de l’ouvrage et est en conséquence intéressant pour une réflexion sur la politique chez Fichte. Sous ce titre sont publiées les “leçons de contenu divers sur la philosophie appliquée” – ainsi que Fichte nomme lui-même le sujet de son cours (v. SW IV, 369 ; DE, 612) ; il s’agit des leçons que pendant le semestre d’été 1813 le philosophe avait données à l’université de Berlin (du 26 avril au 13 août). .Lire la suite…

« Fichte, entre volonté générale et Volksgeist », par CHRISTOPHE LAUDOU. La pensée maîtresse de la philosophie politique de Cornélius Castoriadis consiste à distinguer les sociétés autonomes et les sociétés hétéronomes : « j’appelle autonome une société qui non seulement sait explicitement qu’elle a créé ses lois, mais qui s’est instituée de manière à libérer son imaginaire radical et à être capable d’altérer ses institutions moyennant sa propre activité collective, réflexive et délibérative ». Contrairement aux sociétés traditionnelles, qui reposent sur la transmission de normes supposées transcendantes, notamment religieuses, les sociétés démocratiques contemporaines, toutes laïques à des degrés divers, se réclament communément d’un tel idéal d’autonomie. Je souhaite m’interroger avec vous sur la consistance d’un tel idéal. L’actualité politique, en Europe et dans le reste du monde, n’incite guère à l’optimisme : il n’est pas exclu que la marche vers une société plus autonome, loin de suivre un progrès indéfini, ne puisse connaître un brutal retour en arrière. Pour au moins deux raisons, la philosophie de Fichte constitue à mes yeux un lieu privilégié pour déployer cette interrogation. Lire la suite…

« Ce qui fait qu’un peuple est un peuple selon Fichte », par MAX MARCUZZI. Dans un article de La crainte des masses intitulé “ Ce qui fait qu’un peuple est un peuple ”, Étienne Balibar affirme que Rousseau a formulé un “ énoncé théoriquement révolutionnaire ” en faisant de l’interrogation sur « ce qui fait qu’un peuple est un peuple » la question préliminaire à tout questionnement politique1. Le caractère révolutionnaire de cet énoncé serait justement d’avoir reconnu le caractère problématique du fait qu’un peuple est un peuple. Autrement dit, l’unité quantitative et qualitative du peuple perdait chez Rousseau son évidence en même temps que perdaient leur évidence les traits caractéristiques majeurs de l’ordre social traditionnel. Ainsi, même quand Hobbes posait la nécessité de l’établissement d’un lien politique sous la commune domination d’un Etat surpuissant, afin d’assurer la sécurité de tous les citoyens, la question de la composition du peuple n’émergeait-elle pas comme question, car l’Etat devait justement permettre de ne pas avoir à la poser : en effet, le souverain devait imposer et garantir le lien social sous la forme élémentaire d’une garantie de sécurité pour tous, indépendamment de la qualité de chacun, et notamment indépendamment de sa religion. Le motif majeur de clivage, la religion, étant ainsi neutralisé par l’Etat, la question des composantes ou de l’homogénéité du corps social pouvait rester dans l’obscurité. Lire la suite…

« Le réalisme politique dans la Doctrine de la Science », par VIRGINIA LOPEZ-DOMINGUEZ. Lorsqu’on fait référence au réalisme politique, et qu’on prétend l’associer à la Doctrine de la science, on pense presque immédiatement à l’essai sur Machiavel, une étude apologétique du Florentin, dans laquelle Fichte tente de rejeter les accusations, fréquentes alors, d’immoralité et de paganisme, en commentant, en outre, certains passages du Prince. L’œuvre constitue un appel à l’unité allemande contre l’invasion de Napoléon, puisqu’elle a été publiée peu après la bataille de Iéna dans le premier numéro de la revue Vesta, considérée comme un organe de la résistance, et de ce fait, rapidement interdite par l’Empereur . En effet, dans cet essai se trouve une reconnaissance explicite de l’acceptation du principe du réalisme politique, celui qui établit que l’État, en tant qu’institution coercitive, repose sur la présupposition de la guerre de tous contre tous, et que par conséquent, son but est de produire, au moins à l’extérieur, l’apparition de la paix. Lire la suite…

« De la propriété possessive à la propriété expressive. Fichte, Hess, Marx », par FRANCK FISCHBACH. Pour pouvoir être considérée comme une philosophie sociale, en un sens relativement précis du terme, une philosophie doit pouvoir répondre à un certain nombre de critères dont les principaux sont à mon sens les suivants. Il faut, premièrement, que cette philosophie se donne les moyens de distinguer la société de l’Etat, le social du politique ; il faut donc qu’elle reconnaisse une autonomie (fût-elle relative) à la société et à la vie sociale par rapport à l’Etat et à la vie politique. Deuxièmement, il doit s’agir d’une philosophie se concevant comme elle-même inscrite dans un contexte social, qu’elle se comprenne réflexivement elle-même comme une pratique savante et théorique liée à d’autres pratiques qui constituent un contexte historique au sein duquel elle se sait être elle-même située et sur lequel elle n’exclut pas d’exercer des effets en retour. Troisièmement, il faut qu’elle adopte, relativement à la société, un point de vue évaluatif autorisant une critique de la réalité sociale existante à l’aune de ce que cette philosophie conçoit comme devant être. Enfin, quatrièmement, pour pouvoir relever d’une philosophie sociale, il faut que la démarche philosophique prenne une forme que je dirais « militante », au sens où elle s’adresse consciemment à des acteurs ou des sujets sociaux capables de s’approprier, sinon le point de vue même de la philosophie sociale, du moins ses principaux résultats, et capables par suite d’engager sur cette base une action transformatrice de la réalité sociale existante. Or, il me parait que la philosophie de Fichte répond à chacun de ces critères et que, dans l’histoire de la philosophie, elle est certainement l’une des premières dont on puisse le dire. Lire la suite…

« Les droits de l´homme et la philosophie de Fichte », par VICENTE SERRANO MARIN. Je commencerai par une justification du titre que je propose : Les droits de l´homme et la philosophie de Fichte. Il s’agira donc pour moi d’analyser le rapport des droits de l’homme à la philosophie de Fichte et non pas d’éclairer quelle est la position de la philosophie politique et juridique de Fichte concernant la question des droits de l’homme. A fin d’expliciter mon point de vue, permettez-moi d’utiliser une métaphore kantienne. Comme on le sait, la philosophie kantienne s’annonce comme une pensée qui entame une révolution copernicienne dans le domaine de la philosophie. Or, le projet de Fichte consiste précisément dans le fait de compléter et d’achever la dite révolution copernicienne. Non pas tant par le fait de concentrer l’explication dans le sujet mais dans l’élargissement des perspectives kantiennes pour mettre en valeur toutes les conséquences qu’elle comporte. Ainsi, ce n’est pas la philosophie théorique ou métaphysique qui permet de fonder l’éthique et la politique mais c’est plutôt la praxis prise dans en ce sens le plus large (lui qui inclus la politique) qui se transforme en philosophie première, ou comme disait un compagnon de table de cet après-midi, Faustino Oncina dans sa magnifique introduction au texte de la Revendication de liberté de pensée, il convient de parler d’une politisation de la métaphysique. Lire la suite…

« L’annihilation de l’Etat à partir des concepts d’Homme, de societé et d’Etat dans les Leçons sur la destination du savant », par EMILIANO ACOSTA. Dans les Leçons sur la destination du savant, dictées par J. G. Fichte dans l’année 1794 à l’ Université de Iena, on peut trouver le mode comment les concepts “homme”, “societé” et “Etat” doivent être pensés par une philosophie, qui veut être compris comme l’exposition systématique de l’autolimitation de la raison en tant que finie à partir du principe de la liberté absolue. L’intention du présent article consiste à montrer l’enchaînement des ces concepts, à partir duquel le concept fichtéen de l’annihilation de l’Etat ne peut plus être interprétée comme une simple expression du jacobinisme de Fichte , mais plutôt comme un moment essentiel de la destination de l’homme. La philosophie Fichtéenne du période d’Iéna se présente comme un idealisme transcendental qui n’est pas “dogmatisch, sondern praktisch”, qui ne détermine pas “was ist, sondern was seyn solle” . Un concept pratique est pour lui sensu stricto hypothétique, même celui d’une doctrine de la science, puisqu’il indique à la réflexion un lieu qui n’est pas donné, mais qui doit être construit . Lire la suite…

« La politique de l’expérience et ses limites. Fichte et les enjeux gnoséologiques de la politique », par M. JORGE DE CARVALHO. D’ordinaire la réflexion politique ne s’attarde guère sur des questions gnoséologiques et on ne peut pas non plus dire que la politique soit un objet privilégié de la réflexion sur la problématique de la connaissance. L’un des traits les plus intéressants de la pensée de Fichte est le fait qu’il rapproche ces deux domaines traditionnellement assez éloignés l’un de l’autre. Pour lui la question politique ne peut pas faire abstraction des problèmes qu’elle soulève sur le plan gnoséologique et d’autre part le problème de la connaissance est tellement crucial qu’il embrasse et touche tous les aspects de la vie y compris la vie politique. Mais comment rendre compte dans toute sa complexité de l’analyse fichtéenne de cet ensemble de problèmes ? Faute de pouvoir le faire, il faudra donc se borner à une question plus simple, qui ne sort pas du cadre de cet exposé et qui cependant peut nous mettre sur la trace du genre de questions soulevées par Fichte concernant les enjeux gnoséologiques de la politique. Lire la suite…

« La theorie fichtéenne de la conscience dans une perspective biopolitique », par GAETANO RAMETTA. Au milieu des années 1970, Michel Foucault a formulé un nouveau paradigme pour l’interprétation du pouvoir politique. Il a avancé les concepts de « bio-politique » et « bio-pouvoir » afin de mieux comprendre les transformations qui s’étaient produites dans le rapport entre l’Etat et la société, entre la politique et les sciences économiques. Il a essayé de développer ces concepts, en particulier, dans le dernier chapitre de La volonté de savoir (1976), et dans le Cours tenu au Collège de France pendant l’hiver 1976 et publié dans les années 1990 sous le titre « Il faut défendre la société » (1997). Selon Foucault, un changement radical s’est produit entre le 19ème et 20ème siècle dans la nature et la constitution du pouvoir politique. La théorie politique du droit naturel était notamment centrée sur l’idée de la « souveraineté », qui consistait dans la faculté de « faire mourir et laisser vivre ». Le concept de souveraineté désignait l’unité politique d’une communauté politique. L’unité politique se concentrait dans l’Etat en tant que représentant de la volonté générale du peuple. Le pouvoir de l’Etat était fondamentalement négatif. Il consistait en particulier à exercer de façon légitime le droit de punir quiconque désobéissait à la loi et violait de ce fait l’ordre établi de la société. Lire la suite…

« Res publica », par CARLA DE PASCALE. Potremmo descrivere la ricerca teorico-politica condotta da Fichte sin dal primo suo scritto (Zurückforderung) pubblicato anonimo anche come indagine finalizzata alla costruzione di una concezione della giustizia di tipo nuovo rispetto alle dottrine correnti. Intendendo, per dottrine correnti al suo tempo, sia la concezione settecentesca che troverà il suo punto di approdo nella redazione dello Allgemeines Landrecht, sia i primi risultati della riflessione kantiana su questi temi, risultati pubblicati proprio in quel torno di tempo. Impostando la questione in questi termini, sono ben consapevole del rischio di trovarmi ai margini di quel circuito di elaborazione intellettuale che ha inteso mostrare l’esaurirsi e il decadere dell’idea di giustizia all’avvento dell’età moderna, nel XVII secolo, e ha fatto coincidere il momento culminante di tale decadenza con la teoria hobbesiana. A fronte dell’idea di giustizia – centrale, invece, per il pensiero dell’intera antichità classica – si affermerebbe piuttosto, proprio a partire da Hobbes, per proseguire con Locke, Rousseau e Kant, l’idea di libertà (mentre, poi, sarebbe stato compito del XX secolo provvedere alla ‘riscoperta’ del concetto di giustizia e adoperarsi per rimetterlo al centro del dibattito). Lire la suite…

« L’idée fichtéenne d’une histoire universelle de l’Europe au point de vue cosmopolitique », par GÜNTER ZÖLLER. Cette année aura lieu le bicentenaire des Discours à la nation allemande que Fichte a tenus en automne et hiver de l’année 1807-08 à Berlin devant une audience publique mais non universitaire. La réception de cette œuvre, publiée par Fichte en 1808, est une histoire compliquée et triste. Déjà au cours du dix-neuvième siècle et plus encore au cours du vingtième siècle, le texte de Fichte a été approprié pour des buts extraphilosophiques et a dû servir comme texte de référence ou comme prétexte pour la justification de diverses formes de nationalisme et même d’idéologie totalitaire. Le degré et la qualité de l’abus que le texte fichtéen a souffert a entraîné le soupçon d’un fundamentum in re que l’histoire effective du texte aurait dans le texte lui-même, ainsi impliquant Fichte dans l’influence qu’il a exercée et référant la réception immorale du texte a un péché originel de son auteur. Dans cette situation, l’intérêt philosophique pour les Discours à la nation allemande doit assumer un geste apologétique - pas tellement dans le sens de donner des excuses et disculpations mais de rendre clair le caractère propre du programme philosophique poursuivi par Fichte dans son texte le plus irritant et intrigant. Lire la suite…

« La dynamique perspectiviste de la philosophie politique fichtéenne », par QUENTIN LANDENNE. La préoccupation majeure et constante de Fichte pour la dimension politique de la philosophie appliquée et de l’engagement concret du philosophe est à ce point transversale dans son œuvre et dans ses différentes articulations théorico-pratiques que la détermination technique du concept de « politique » semble en avoir intégré toute la complexité et s’être constituée en une série de tensions essentielles reflétant une sorte de disproportion entre un statut systématique circonscrit et une signification philosophique beaucoup plus large. Une première tension, assez classique, s’exprime d’abord au niveau sémantique entre le substantif « die Politik » et l’usage de l’adjectif qualificatif dont le domaine, sous le titre de l’épithète substantivé « le politique », couvre une bien plus grande extension. Lire la suite…

« Fichte est-il un ennemi de la société ouverte ? », par DIOGO FERER. Fichte ne fait pas partie des auteurs visés par Karl Popper dans sa violente critique des ennemis de “la sociéte ouverte”, dans les années 40 du XXème siècle, mais le verdict à son sujet ne serait sûrement pas différent de celui qui est dirigé par Popper contre Platon, Hegel et Marx . Avant d’essayer de répondre à notre question de savoir si Fichte fait partie des dits ennemis, nous devons, néanmoins, dire un mot sur le fait de confronter des époques et des auteurs différents, sur l’intérêt qu’il y a à savoir si un auteur est ennemi ou défenseur de concepts apartenants à une époque différente, époque où tous les problèmes philosophiques et politiques, la conscience et l’expérience historique, scientifique et culturelle sont très différents, dans une comparaison òu l’on semble plus perdre ce qu’il y a de spécifique dans chacun des termes, que gagner en connaissance du concept comparé. Lire la suite…

« Réception de La paix perpétuelle par Fichte », par SALVI TURRO. L’entrée de Fichte dans le débat juridico-politique se produit très tôt, en 1793 avec les Beiträge sur la Révolution Française. Cependant, à peine un an plus tard, quand il conçoit les grandes lignes de la Wissenschaftslehre [WL] et il y place le droit comme une des deux matières pratiques fondamentales , il soutient déjà l’insuffisance de ce premier exposé : il faut ajouter, au caractère populaire du texte, une inadéquate compréhension du droit de propriété, de sorte qu’est absolument nécessaire une nouvelle déduction qui puisse lier le concept de propriété avec l’autoattribution du corps propre . Et, en effet, l’interrelation entre individualité, réciprocité, intersubjectivité et corporéité, annoncée pour la première fois dans les leçons publiques de 1794 et brièvement exposée l’été de 1795 à Reinhold , deviendra le nouveau cadre qui, enchaîné avec la Wissenschaftslehre Nova Methodo, opère l’"inversion que le droit naturel et le droit politique, comme toute philosophie, est obligé de subir" . Lire la suite…

« État, raison et liberté dans la Staatslehre de 1813 », par SYLVIE ROBIN. La Staatslehre n’est pas un livre de philosophie politique au sens étroit du terme. Fichte s’en explique à maintes reprises, la Doctrine de l’État est l’attestation magistrale de cette articulation singulière qu’il établit entre la dimension théorique et la dimension pratique de la raison. Dimensions indissociables, au sens d’intrinsèquement liées, car elles sont les deux aspects d’un seul et même mouvement de l’esprit. L’affirmation de cette indissociabilité ne relève chez Fichte, ni d’un point de vue théorique de surplomb , ni non plus d’une décision de l’auteur, Fichte, qui se contenterait de l’affirmer comme une option personnelle, et à ce titre contingente. Fichte n’a cessé de montrer l’inanité d’une telle conception de la philosophie et encore plus de la D.É, qui n’est, selon la belle expression de Marc Maesschalk que « l’autoposition de soi comme image vivante de la liberté absolue ». Cette indissociabilité est une caractéristique bien connue de la philosophie fichtéenne, mais elle reste insuffisamment comprise ou méditée. Nous entendons montrer que cette articulation du théorique et du pratique, telle qu’elle est thématisée dans La doctrine de l’État, nous livre quelques thèses très originales, propres à la philosophie fichtéenne. Lire la suite…

   

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