Yasuhiko Murakami : Hyperbole. Pour une psychopathologie lévinassienne, Amiens, Association pour la promotion de la phénoménologie, 2008, 119p., ISBN 2-916484-03-05 (18€)
Présentation :
Dans Lévinas phénoménologue (J. Millon, 2002), l’auteur a tenté de dégager la structure de la subjectivité transcendantale qui implique la possibilité de sa propre destruction dans son essence même. Hyperbole – Pour une psychopathologie lévinassienne s’efforce de préciser en quoi la destruction de la subjectivité – à savoir la possibilité de la maladie mentale, du désordre du développement et du traumatisme – peut s’inscrire dans l’horizon de la phénoménologie, dès lors que la destruction possible du rapport inter-humain peut s’inscrire dans la structure de la subjectivité. L’affection relevant de cette possibilité constitue comme un noyau de l’« éthique » lévinassienne (ch. 4). Contre cette possibilité, il faut assurer la possibilité de rétablir ce qui est détruit. C’est ce que Lévinas appelle le « sens » (ch. 5). Notre vie quotidienne implique toujours à son horizon ces deux pôles extrêmes d’« attraction ». L’« hyperbole » est le nom de cet horizon et de la méthode pour y accéder. C’est la notion de « demeure » dans Totalité et infini qui constitue la face positive de cette subjectivité vulnérable. La demeure se trouve au point de jonction de la sensibilité, de l’action et du rapport à autrui (ch. 2). Sans elle, il est impossible d’assurer le sens contre le non-sens. En outre, la théorie de l’il y a qui s’oppose architectoniquement à la demeure peut se lire comme prémisse d’une théorie du symptôme, comme amorce d’une phénoménologie du non-sens (ch. 3) Par suite, pour refonder ce projet de la psychopathologie phénoménologique, il faut resituer la théorie lévinassienne de l’altérité. Ce travail de refondation passe par la redéfinition de l’ensemble articulé des structures découvertes par Lévinas comme « affection d’appel » qui se distingue aussi bien de l’empathie husserlienne que de l’inter-corporéité du type merleau-pontien (ch. 1). Le projet de la psychopathologie phénoménologique ainsi réorienté permet d’entamer une analyse détaillée de l’autisme (ch. 1) et du traumatisme psychique (ch. 6).
Table des Matières :
Introduction
Chapitre 1. Affection d’appel
1. Le regard chez les autistes et la phénoménologie
2. L’affection d’appel
2.1 Le décalage entre la perception des yeux et le vécu du regard
3. Quelques caractères fondamentaux de l’affection d’appel
4. L’affection d’appel en tant que corporéité et la constitution du moi chez les autistes
5. Le dynamisme centripète et différenciant de l’affection d’appel – le noyau formel de l’assignation
6. La genèse de l’autre et du moi : La fixation du dynamisme centripète
7. L’articulation de l’affectivité et des kinesthèses, et la phobie du regard chez les autistes
8. Conclusion
9. Appendice : l’hyperbole comme « fondation » phénoménologique de l’éthique – préambule aux chapitres 4 et 5
Chapitre 2. La demeure et l’aire transitionnelle chez Winnicott
1. Le statut de la demeure dans l’architectonique de Totalité et infini
1.1 La demeure comme l’accueil par le féminin et la pathologie de l’attachement
1.2 La séparation et l’ajournement de la jouissance et de l’il y a
1.3 L’institution du concret
1.4 La demeure comme condition de la possibilité de l’acte pratique (la possession, le travail et la représentation)
2. L’affection d’appel dans la phantasia et la fondation de l’acte culturel – l’introduction au chapitre 3
3. Conclusion : un autre « autrement qu’être »
Chapitre 3. Phénoménologie du réel – Le doute cartésien et l’il y a chez Lévinas
1. Le doute hyperbolique et le monde en tant qu’abîme
2. Du doute hyperbolique à l’il y a
2.1 Le « je » trompé et le point d’Archimède
2.2 La différence entre le réel et l’il y a
2.3 Le « Dieu trompeur » dans la vie quotidienne
2.3.1 La créativité et le réel – la demeure et l’il y a
3. Conclusion : La métaphysique phénoménologique du réel et la question de la modalité
Chapitre 4. Horizons de l’affectivité – l’hyperbole comme méthode
1. La méthode de Lévinas : La réduction au dire et l’hyperbole
1.1 L’intentionnalité et la réduction au dire
1.2 La critique de l’origine – La facticité ne peut se réduire à
1.3 L’hyperbole comme horizon de l’affectivité
2. Du dit au dire : Le procédé de la réduction de la connaissance à l’interfacticité
3. L’hyperbole comme l’horizon de l’interfacticité
3.1 La réduction de la facticité solipsiste à l’interfacticité
3.2 La mort comme un des horizons de l’interfacticité
4. Conclusion : La phénoménologie de l’interfacticité et la psychopathologie
Chapitre 5. De la résurrection des morts
1. L’hyperbole et l’herméneutique dans « Poésie et Résurrection – Notes sur Agnon »
1.1 Trois réels irreprésentables
1.2 La mise entre parenthèses de la distinction de la vie et de la mort
1.3 La cure du traumatisme et l’herméneutique
2. L’il y a en guise de l’altérité
2.1 L’« espace » en tant que privation d’autrui
2.2 L’espace en tant que diachronie pure
2.3 L’espace en tant que soi originaire
3. Conclusion
Chapitre 6. De la dissociation au moment de l’épreuve traumatique et le sens phénoménologique de la psychopathologie de Lévinas
1. La dissociation au moment du traumatisme psychique et l’époché phénoménologique
2. Le Leib blessé au moment de l’épreuve traumatique
2.1 Le corps blessé
2.2 L’amnésie
2.3 Chute et désintégration du corps
2.4 La vulnérabilité intrinsèque et transcendantale
3. La dissociation et la conscience originaire
3.1 La conscience originaire et le Phantasieleib
3.2 L’institution originaire du vécu et du Leib, à travers l’interfacticité archaïque
3.3 La sécurité comme matrice de vécu
3.4 La conscience originaire en tant que phantasia vide de l’interfacticité et la dissociation
3.5 La conscience originaire comme medium de la production des sens et la dissociation
3.6 Le statut phénoménologique de l’état hypnoïde – Phantomleib dans l’il y a
Bibliographie
Yasuhiko Murakami, professeur adjoint à l’Université d’Osaka (Japon), docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse (Univ. Paris 7). Auteur de Lévinas phénoménologue, J. Millon, 2002 et de Phénoménologie de l’autisme (en japonais), Keisô Pub., 2008
Retour à la page d’accueil des Mémoires des Annales de Phénoménologie