
Le programme « Subjectivité et aliénation. Métaphysique de la subjectivité et philosophie sociale » (PhiloSubSoc) est un programme de recherche pour 4 ans (2006-2010) financé à hauteur de 200 000 euro par l’Agence Nationale de la Recherche. Il est coordonné par l’ERRAPHIS de l’Université de Toulouse Le Mirail qui s’associe les Archives Husserl de l’ENS-Paris et du CNRS et l’Equipe de recherches Philosophie et rationalités (PHIER) de l’Université de Clermont-Ferrand II.
La coordination du programme est confiée au sein de l’ERRAPHIS à Jean-Christophe Goddard. Le programme est placé aux Archives Husserl de Paris sous la responsabilité scientifique d’Alexander Schnell, à Clermont-Ferrand sous la responsabilité scientifique d’Emmanuel Cattin.
Un comité de pilotage se réunira au moins deux fois par an pour établir un rapport d’activité. Les fonctions du comité de pilotage sont de garantir la cohérence, l’identité thématique, l’équilibre financier et les bonnes pratiques du programme. Les membres du comité sont, outre les trois porteurs du programme déjà mentionnés : Franck Fischbach (ERRAPHIS), Marc Maesschalck (UCL/PHIER), Pierre Montebello (ERRAPHIS), Alain Petit (PHIER), Sylvain Roux (PHIER).
Conformément aux engagements de la candidature, le programme se dote d’une plateforme internet de publication des résultats de la recherche en cours et de promotion de la recherche universitaire française sur le plan européen et international. Das cet esprit, la plateforme accueille des groupes d’études et des éditeurs partenaires de cette ouverture internationale de la recherche philosophique.
Le programme est couplé au programme Erasmus Mundus/EuroPhilosophie de la Commission Européenne, également coordonné par l’Université de Toulouse Le Mirail.
Contexte scientifique : Le présent projet émane de trois équipes de recherche engagées dans l’exploration de plusieurs traditions philosophiques majeures mettant en jeu la problématique du sujet : la tradition philosophique allemande classique, de Kant à Marx, et la philosophie française contemporaine, de Biran à Deleuze, à l’ERRAPHIS de Toulouse, la tradition de la métaphysique grecque et allemande au Centre PHIER de Clermont, la tradition phénoménologique allemande et française aux Archives Husserl de Paris.
Objectifs : Nos recherches tendent à déconstruire l’illusion du sujet comme entité transcendante ou foyer d’unité surplombant l’expérience. Elles ambitionnent d’élaborer un concept original de subjectivité, qui ne se réduit pas à sa seule dimension égologique, mais fonde la possibilité d’un agir éthique et politique concret et commun.
Méthodologie : Appuyées sur la collaboration régulière des équipes concernées, nos recherches mobilisent largement la recherche internationale. Elles reposent sur la fréquentation et la traduction de textes souvent inédits ou inexplorés ; refusant toute sectorisation artificielle des spécialités historiques et des systèmes doctrinaux, elle pratique le comparatisme et privilégie les correspondances ou les transversalités propres à faire émerger de nouvelles définitions de problème, des concepts renouvelés, des parentés inaperçues.
Résultats : Le projet renouvelle radicalement l’approche historique de la tradition comprise sous le terme générique de « métaphysique de la subjectivité », dont il discute la pertinence et la signification aussi bien à travers l’étude de ses moments forts que des critiques radicales qui lui ont été opposées ; mais le projet vise surtout à produire de nouvelles analyses dans les champs des sciences humaines qui mobilisent le concept de subjectivité pour aborder la réalité humaine en termes d’aliénation ou de pathologie : le champ de la philosophie sociale, celui de la psychopathologie. Dans le domaine de la philosophie sociale, le projet envisage une théorisation des processus de subjectivation des normes (notamment en matière d’éducation) en vue de proposer aux acteurs sociaux un modèle de réflexivité et d’action transformatrice de la réalité sociale existante.
Le programme s’organise selon cinq axes de recherches :

PHILOSOPHIE SOCIALE :
Il s’agit d’abord de prendre acte du fait que la métaphysique de la subjectivité repensée comme productivité pré-individuelle, comme vie et passibilité ne saurait nullement être confondue avec la doctrine du sujet abstrait, du sujet « nu », défini par ses seules facultés, c’est-à-dire sa capacité d’agir indéterminée. De là une inversion du sens de l’aliénation, qui se rencontre en particulier chez Marx, dont la pensée est fortement tributaire du fichtéanisme de Moses Hess. L’aliénation devient avec lui d’abord privation, non pas d’activité, mais de passivité. Pour Marx, l’aliénation n’est pas l’objectivation, mais sa version pathologique : une objectivation qui échoue, dont le symptôme est la négation des besoins les plus élémentaires du travailleur : le besoin d’air sain, le besoin de lumière, le besoin de propreté, le besoin d’alimentation saine. Lire la suite…

LES ETUDES FICHTEENNES ET LA RELATION FICHTE/SCHELLING
Depuis sa réception critique de L’exposition de mon système de Schelling en 1801, Fichte n’aura cessé de contester le « tournant » de la philosophie transcendantale en direction de la nature en laquelle, anticipant les vues mêmes de Schelling en 1809, il voit un fondement objectif et obscur de l’existence ou de l’apparaître. A ce tournant il aura, au fil des exposés successifs de la Doctrine de la science, constamment opposé la ligne directrice de la philosophie transcendantale, qui est de s’en tenir, afin de déterminer les conditions de l’apparaître, au seul fondement susceptible de se manifester dans la lumière même de l’apparaître. La Ichheit, c’est-à-dire l’« ipséité », est pour Fichte cette auto-intuition par laquelle l’unité opaque et recluse de l’être est dédoublée, fracturée et réunie à soi dans une duplicité persistante : c’est-à-dire devient vie subjective. Une vie subjective, qui jamais ne se clôt sur soi, ni se laisse reprendre à partir d’un fond (Grund) obscur, mais est essentiellement « satisfaction de soi, joie prise à soi-même, jouissance de soi ». Lire la suite…

LES NEOPLATONISMES
Il s’agit, dans l’esprit du comparatisme des systèmes, de reconstituer l’émergence du sujet dans la configuration grecque de la rationalité théorique et pratique pour en penser la constance jusqu’en son achèvement dans la subjectivité absolue telle qu’elle assume en elle, avec l’héritage grec, la tradition chrétienne. L’importance, dans l’histoire de l’idéalisme allemand et au-delà, de la rupture affichée avec la tradition philosophique et scolastique par Luther, est, dans cette perspective, également interrogée comme condition d’émergence d’un nouveau concept (peut-être spécifiquement moderne) de subjectivité. C’est bien la modernité, son concept de la subjectivité et les figures de son aliénation, qui sont alors pris en vue, mais aussi le concept même de la métaphysique, si la subjectivité doit y être reconnue comme centrale dès le commencement grec de celle-ci. Lire la suite…

PHILOSOPHIE ET PSYCHOPATHOLOGIE
Le projet étend le rapport subjectivité/aliénation au-delà du champ de la philosophie sociale en direction de la psychopathologie, dans la mesure où il existe entre les deux domaines d’analyse une évidente circulation de concepts. Avant l’inconscient freudien, après l’exclusion de la folie et le grand renfermement décrit par Foucault, la psychologie invente en effet le sujet et son cortège de doubles, songes, vésanies, délires, perceptions obscures, doubles qui ne lui sont plus extérieurs mais qui le hantent de l’intérieur, sur la limite de ce qu’il peut être. La science de l’homme ne pouvait se constituer sans porter attention aux frontières poreuses de ce qui est propre à l’homme et de ce qui n’est plus homme, de ce qui est sujet et de ce qui n’est pas sujet. Lire la suite…

CINEMA ET SUBJECTIVITE
On s’interrogera sur la représentation cinématographique de ce que la modernité appelle subjectivité ou sujet - i.e. d’un pôle identique et insécable, donateur de sens, qui fonde la personnalité. On montrera comment cette représentation est implicite dans le cinéma américain classique - et comment elle trouve dès lors son expression dans le montage narratif dans sa continuité unitaire et sa transparence.
A cette représentation de la subjectivité s’opposent précisément, au moment où le cinéma américain conquiert ses lois : 1) le cinéma russe, avec le « montage dialectique » représenté par Eisenstein, qui voit dans l’individu, non pas une subjectivité, mais le représentant d’une certaine classe sociale ; 2) l’avant-garde française qui, dans ses recherches sur une pure organisation mécanique du mouvement - un cinéma émancipé de tout sujet, de toute narration -, fond l’individu dans un mouvement universel où ce qui importe est le mouvement abstrait des formes (cinéma musique : les danseurs dans El Dorado de L’Herbier, 1921) ; 3) l’expressionnisme allemand qui, achevant un mouvement qui trouve son origine dans le romantisme du XIXe siècle, dissout l’individu dans un monde informe, chaotique, qui constitue la vie originaire, primordiale, dans laquelle tout est mêlé et dont toute forme singulière provient. Lire la suite…