A l’initiative de l’équipe ERRAPHIS et du Programme Europhilosophie
Organisateurs : Flora Bastiani et Till Grohmann
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Après avoir parcouru, lors de la première année du Séminaire Henri Maldiney, les thèses philosophiques fondamentales de ce penseur français contemporain, les organisateurs ont souhaité, pour la deuxième année, donner une nouvelle orientation au programme en plaçant la question du corps au centre des recherches.
En effet, dans la juste compréhension du corps et de son rôle particulier pour le devenir humain réside le point crucial des analyses à la fois esthétique et psychopathologique de Henri Maldiney. Or, malgré cette double problématique d’une pensée transitant incessamment de l’art à la clinique et vice versa, c’est surtout l’aspect clinique qui s’est avéré capable de nous éclairer sur le rôle fondamental du corps pour l’existence humaine en général. En renforçant le volet clinique par une recherche approfondie sur les différentes pratiques psychiatriques et psychanalytiques du corps, nous voudrions donc non seulement mettre à l’épreuve la théorie psychopathologique de Maldiney, mais nous espérons également contribuer à la compréhension de son œuvre philosophique.
Les différentes approches psychanalytique, daseinsanalytique, psychopathologique et psychiatrique auxquelles les organisateurs du Séminaire Henri Maldiney souhaitent faire appel lors de l’année académique 2012-2013, ont l’intérêt de questionner – dans la lignée fondamentale de la pensée de Freud : la genèse d’un corps constitué et constituant, le fonctionnement d’une affectivité se rapportant au monde, le dépassement de l’opposition entre l’affectif et l’intellect, et enfin, l’exposition pathique du sujet à son monde – exposition ayant lieu dans l’ouverture de son existence. La considération de Maldiney pour la corporéité trouve ainsi un écho éclairant dans différentes pratiques psychiatriques et psychanalytiques : Comment l’humain prend place dans le monde en tant qu’humain ? Comment rendre sa singularité d’humain à celui qui s’est figé dans la répétition ? Comment l’humain peut-il trouver un endroit où se loger, habiter ainsi son propre corps, alors même que ses failles l’ont empêché de se maintenir comme une unité ? Et comment, enfin, ramener l’errance insensée du psychotique – ou même la perte autistique dans un là sans contours – à un investissement de sa propre place au monde, en évitant l’écueil de la normalisation ?
Dates : Vendredi-Samedi, 18-19 Janvier 2013. Lieu : Château du Mirail
L’abord philosophique de la clinique psychiatrique a ouvert, ces dernières décennies, des perspectives nouvelles et multiples sur le phénomène de la “maladie mentale“. La pratique thérapeutique a pu ainsi sensiblement se modifier sous l’effet des innovations conceptuelles venant de la philosophie et du champ des sciences humaines en général.
Corrélativement, aussi la philosophie elle-même a pu développer des approches et des schèmes de pensée inédits grâce à sa rencontre avec la clinique. En rassemblant à nouveau des cliniciens et des philosophes, il s’agira ainsi de sonder ces interactions, de les repérer et de les renforcer, et ainsi de participer à de nouvelles formes d’élaborations aussi bien pratiques que théoriques.
Afin d’interroger ce rapport entre la philosophie et la clinique, nous proposons deux axes d’étude, reposant sur l’analyse du processus de subjectivation. La construction d’un corps, ainsi que l’inscription dans une histoire singulière et unique apparaissent comme étant des éléments fondamentaux de tout devenir sujet. La pathologie étant au contraire caractérisée par une mise en échec de ce processus, il revient précisément à l’analyse transdisciplinaire ainsi qu’à l’acte thérapeutique d’intervenir sur les failles qui ont pu se produire aussi bien au niveau de l’histoire qu’au niveau du corps vécu. En recentrant ainsi notre questionnement sur le rôle fondamental du corps et de l’histoire individuelle en clinique psychiatrique, nous espérons revenir au point fondamental où la pratique se couple à une compréhension théorique donnant ainsi lieu à une approche plus profonde du processus de subjectivation en général.
Se faire un corps En touchant à l’intégrité du corps, la pathologie met en branle le socle fondamental de tout rapport au monde. Le “désinvestissement libidinal” du corps n’a pas seulement comme conséquence de mettre en échec la capacité à y loger un sujet et à protéger celui-ci d’un monde extérieur envahissant : la mise en péril de la force protectrice du corps concerne les renvois du sens du monde vécu, en d’autres termes le système symbolique lui-même semble subir une déstabilisation fondamentale. Une multiplicité de termes cliniques - allant du morcellement au démantèlement, de la dissociation à la dislocation ou la désintégration - se réfèrent à autant de phénomènes pathologiques de l’expérience corporelle. A cette diversité de phénomènes cliniques répond une multiplicité d’approches thérapeutiques différentes, qui ne sont pas uniquement inventées, mobilisées et mises en oeuvre par les équipes soignantes, mais également par les personnes concernées elles-mêmes qui peuvent, face à la menace de leur dissolution psychique, adopter des attitudes autothérapeutiques. En invitant à la fois des cliniciens et des philosophes, nous tendons donc à interroger cette diversité des approches du corps telles qu’elles sont utilisées aussi bien dans la clinique psychiatrique qu’à l’extérieur de celle-ci.
Se faire une histoire La pleine éclosion d’un sujet ne passe pas seulement par l’accès à un corps, mais également par l’inscription dans une histoire singulière. Si l’expression “se raconter une histoire” vise d’abord à dénoncer le fond fictif du récit personnel, cependant l’altération de la capacité narrative dans la pathologie révèle l’importance de cette fonction. La dislocation de la chaîne signifiante, pouvant aller jusqu’à l’impossibilité d’une production fantasmatique, indique la nécessité existentielle d’une telle historialisation du sujet. L’histoire subjective semble devoir se former et se déformer à la mesure d’un sujet en incessante construction. Ce dernier peut ainsi se comprendre comme l’auteur d’un discours performatif, retraçant une fiction pourtant constituante : de l’histoire généalogique et familiale à l’anecdote, toute narration décrit une situation. Là où ce processus fait défaut, le sujet paraît rassemblé sous la forme d’une douloureuse itération, réduisant son existence à un état d’immuabilité morbide qui empêche la rencontre d’une quelconque nouveauté. La résurrection constante d’un passé indépassable est alors corrélée à l’absence de tout horizon futur. Face à ce défaut d’histoire, il arrive que la vie en institution puisse poser une scansion du temps opérante : la durée d’un séjour, les périodes de sorties, de visites et de retours. Se faire une histoire dans le quotidien, parvenir à poser des repères périodiques, peut apparaître comme une voie d’arrangement avec la difficulté à se raconter sa propre histoire. On pourrait également penser à l’histoire familiale souvent caractérisée par un passé inaccessible mais douloureusement présent, imposant des répères symboliques à une production délirante et aliénante. Par un échange entre philosophes et cliniciens, nous visons précisément à déceler ces différents aspects déterminants de l’histoire pour la situation pathologique en général.
Organisation : Flora Bastiani Till Grohmann Guillaume Sibertin-Blanc
Contact :
Programmation :
Vendredi, 18 janvier 2013
9h45 : Accueil
10h-12h30 : Séance 1
Yasuhiko Murakami (Maître de Conférences en Philosophie à l’Université d’Osaka) : En partant du concret – Une méthode phénoménologique de la recherche qualitative dans le champ médical Laura Mack (Psychologue-clinicienne indépendante et d’institution, formée à l’Université de Sao Paolo, Brésil) : Winnicott : thinking about time
Svetlana Sholokhova (Doctorante en philosophie à l’UCL) : De la possibilisation à la transpassibilité. Penser les enjeux thérapeutiques de la Daseinsanalyse avec Maldiney
12h30-14h : Pause déjeuner
14h-16h30 : Séance 2
Sylvain Dupouy (Psychiatre) et l’équipe de soin de l’Unité de Soin pour Adolescents Hospitalisation-Consultation (USAHC) Secteur 82 I 01 : Dispositif de soin centré sur un adolescent dans une unité d’hospitalisation plein temps pour adolescents : réflexions autoour de processus mis en jeu dans le “maintien de soi“
Gabor Tverdota (Doctorant en philosophie à l’UCL) : Langage du corps et langue populaire. Le potentiel émancipateur de la Daseinsanalyse de L. Binswanger
Orane Berho, Sophie Haffiene et André Sicard (équipe de l’institution Route Nouvelle) : Histoire de corps, corps en histoire, ou comment cela se traite à Route Nouvelle
Samedi, 19 janvier 2013
10h-12h30 : Séance 3
Jean-François Rey (Professeur honoraire de l’IUFM et de l’Université d’Artois) : Temps et Narrativité
Clara Novaes, Joris de Bisschop (soignants de La Borde) : Le pathique dans la rencontre clinique
Arnaud François (Maître de Conférences en Philosophie à l’UTM) : Entre le corps et l’histoire : la "latitude de vie" comme critère de distinction en psychopathologie
12h30-14h : Pause déjeuner
14h-16h30 : Séance 4
Pascale Gabsi (Psychologue dans l’unité de soin palliatif Résonance) : Le ciel m’est tombé sur la tête
Flora Bastiani (ATER à l’UTM) : À l’heure du délire – quelle temporalité pour le sujet malade ?
Till Grohmann (Doctorant en philosophie à l’UTM) : Perception du (monde) et du (soi) dans un cas d’autisme
Toutes les séances auront lieu à la Maison de la Recherche dans la salle D29. La participation est gratuite mais une inscription par email est nécessaire : Plan d’accès
Samedi, 1. Décembre 2012
Patrice Hortonéda est psychologue au Centre de Guidance infantile de Toulouse, spécialiste de la théorie de Szondi, auteur de plusieurs articles sur la clinique en institution. Patrice Hortonéda présentera la théorie psychanalytique de Léopold Szondi ainsi que son fameux Szondi-test. La pensée de Szondi a été d’une grande inspiration pour Maldiney qui en reprend des éléments fondamentaux à la fois dans sa psychopathologie et son esthétique.
Horaire : 10h-12h30
Mardi, 18 Décembre 2012
Marie Higuchi est sociologue à l’université d’Osaka (Japon). Elle présentera ses travaux actuels : une étude sur la prise en charge de la schizophrénie.
Horaire : 14h-16h
Lundi, 11. Février 2013
Chantal Lheureux-Davidse est Maître de de Conférences en Psychopathologie et psychanalyse à l’Université Paris 7, psychanalyste et psychologue clinicienne, spécialiste de l’autisme, auteur de L’autisme infantile ou le bruit de la rencontre. Contribution à une clinique des processus thérapeutiques, Paris : L’Harmattan, 2003.
Horaire : 14h-16h
Samedi, 13 Avril 2013
Caroline Gros est psychanalyste, docteur en philosophie, membre de l’Association Internationale Henri Maldiney, traductrice de Ludwig Binswanger (Le problème de l’espace en psychopathologie) et de Heidegger (Séminaires de Zurich), auteur d’une monographie sur Ludwig Binswanger : Ludwig Binswanger, Chatou : Les Editions de la Transparence, 2009.
Horaire : 10h30-12h30
mardi, 4 Juin 2013
Federico Leoni enseigne la philosophie à l’Université de Milan, spécialiste de la phénoménologie, de la psychanalyse et de la Daseinsanalyse ainsi que de l’oeuvre de Henri Maldiney dont il est un des traducteurs italiens. Federico Leoni a publié plusieurs monographies en philosophie en langue italienne.
Horaire : 14h-16h
Année 2011-2012
Argumentaire Séminaire Maldiney 2011-2012
Programme Séminaire Maldiney 2011-2012
Programme recto-verso Séminaire Maldiney 2011-2012